Chaque nouvelle saison apportait de nouvelles couleurs, de nouvelles textures ou une esthétique reconnaissable qui donnait le ton. Pourtant, depuis quelques années, le printemps arrive avec un message bien différent : il n'y a plus de grands rebondissements ni de modes dominantes, et c'est bien là la clé. Pour Roberto Seguiro, l'un des maquilleurs les plus respectés de la scène nationale, le moment actuel se définit davantage par la continuité et la coexistence que par la rupture.
« Le maquillage clean est toujours très tendance », déclare Roberto, auteur du livre « Them Naked » et premier maquilleur de Lancôme. Et il ne le dit pas par intuition, mais en observant les tapis rouges, les podiums, les campagnes et le travail quotidien avec des actrices et des influenceurs. Le résultat est clair : la tendance prédominante reste le beau cuir, travaillé mais léger, sans artifice excessif.
La peau, toile absolue du maquillage
S’il y a un élément qui continue de définir le printemps 2026, c’est bien une peau transparente, lumineuse, juteuse, mais avec des nuances. « Les actrices nous demandent une peau très lumineuse et juteuse, mais qui n'a plus l'éclat exagéré d'il y a quelques années », explique Seguiro. La finition actuelle évite l'effet miroir et opte pour une luminosité plus réaliste, plus intégrée à la peau.
Les fonds de teint deviennent plus légers, plus translucides et permettent à la peau de ressembler à de la peau. Cela affecte non seulement le résultat final, mais également d'autres tendances récurrentes, telles que le contour exagéré des lèvres, qui est désormais beaucoup plus évident. « Avant, tout était recouvert de fondations très couvrantes. Aujourd'hui, on le voit parfaitement lorsqu'on le dessine à l'extérieur », commente-t-il.
Les sourcils sont soignés mais naturels, sans excès, et les yeux sont subtilement définis, généralement dans des tons bruns ou neutres. « Un joli petit œil, bien marqué, mais rien d'extrême », résume-t-il.
Où naissent les tendances aujourd’hui ? La maquilleuse de l'influenceuse n'est pas celle de l'actrice
La question est inévitable : les podiums sont-ils encore à l’origine des tendances ? Ou est-ce que les tapis rouges dictent ce que l'on porte ? Pour Fuiro, la réponse n’est pas unique. Cela dépend du contexte.
« Si vous regardez certains tapis rouges liés au monde des influenceurs, vous voyez effectivement plus de couleurs, plus de contouring, un maquillage plus élaboré », explique-t-il. Des événements comme les Idol Awards ou les TikTok Awards reflètent une esthétique plus puissante, conçue pour la caméra, la mise au point et les réseaux sociaux.
Mais lorsque les maquilleurs travaillent pour les tapis rouges avec des actrices, notamment à l’international, le message change radicalement. « Il n'y a rien de couleur. Rien. C'est une jolie peau naturelle. » Une différence qui n'est pas fortuite : « Ils ne veulent pas des mêmes maquilleurs. L'actrice veut être belle en personne, avec une peau parfaite. L'influenceuse recherche l'optimum de concentration et de lumière. » Cette dualité explique pourquoi de nombreuses tendances semblent exister uniquement sur les réseaux et ne finissent pas par se transférer dans la rue ou dans les maquillages les plus ambitieux.
La couleur est revenue ou pas ?
La réponse de Siguiro est aussi claire qu’honnête : cela dépend d’où l’on regarde. « La couleur est-elle revenue ? Oui, si vous voulez, oui, mais dans un secteur. Pas de manière générique. » Même si certains influenceurs récupèrent des références aux années 80 et 90 – eye-liners flous, tons vibrants, maquillage plus théâtral – cela ne se traduit pas par une tendance mondiale.
« Je n'ai toujours pas vu cette couleur dans les yeux des années 90 ou 80 de manière réelle », insiste-t-il. « Les marques ne sortent plus de collections printemps-été comme avant », affirme-t-il. Tout coexiste, rien n'est imposé.

La lèvre fanée
S’il y a un point où une certaine évolution est perçue, c’est bien le maquillage des lèvres. Le printemps 2026 ne s’engage pas sur une seule couleur ou finition, mais plutôt sur la coexistence.
« Le rouge, le nude, le bordeaux – devenu une couleur star – et différentes finitions cohabitent parfaitement », explique seguiro. Des lèvres mates et parfaitement dessinées, avec un air très années 50, aux propositions plus douces et plus modernes.

Roberto Fuiro est un maquilleur espagnol renommé, largement respecté dans le monde de la beauté pour sa carrière de plus de 25 ans en tant que maquilleur national pour Lancôme en Espagne. Son approche artistique et technique a fait de lui une figure incontournable du maquillage professionnel. Cette année, il a sorti un livre : « Eux nus ».
Parmi elles, se distingue la lèvre floue, une tendance naissante qui cherche à effacer le contour à l'aide d'un pinceau doux, créant un effet éthéré et décontracté. « Ce n'est pas une lèvre mordue, ça n'a rien à voir », précise-t-il. Bien sûr, il se montre prudent : « On ne le voit toujours pas dans la rue ni clairement sur les podiums. »

Contouring : changer de nom ne le rend pas nouveau
Pour Fuiro, le contouring n’est pas une nouvelle technique, mais plutôt un concept renommé. « Il y a eu des corrections toute notre vie. Personne ne l'a inventé maintenant. Nous lui avons donné un anglicisme et c'est tout. » Une réflexion qui résume parfaitement sa vision du maquillage actuel : moins d'artifice et plus de bon sens. Le printemps 2026 ne cherche pas à surprendre à tout prix, mais plutôt à perfectionner ce qui fonctionne déjà.