Heureusement, nous en savons de plus en plus sur l’impact réel des hormones sur le corps d’une femme. Depuis des années, la grande majorité des recommandations nutritionnelles et sportives ont été conçues sans prendre en compte quelque chose d’aussi fondamental que le cycle menstruel. Aujourd’hui, nous comprenons que nos hormones influencent la façon dont nous dormons, dont nous nous entraînons, dont nous gérons le stress et aussi dont nous métabolisons les aliments.
La relation entre ce que nous mangeons et nos hormones est un fait physiologique. L'œstrogène et la progestérone régulent la fertilité, mais affectent également la sensibilité à l'insuline, l'appétit, l'humeur et le cortisol. C'est pour cette raison que nous ne ressentons pas toujours la même chose tout au long du mois, que nous n'avons pas non plus la même énergie et que nous ne réagissons pas de la même manière à un régime ou à un plan d'entraînement.
L’une des habitudes dont on parle le plus ces dernières années est le jeûne intermittent. Il a été présenté comme un outil quasi universel pour perdre du poids, améliorer la santé métabolique ou activer des processus tels que l'autophagie. Cependant, cela ne fonctionne pas de la même manière pour toutes les femmes. Et bien souvent, le problème n’est pas le jeûne lui-même, mais le moment du cycle dans lequel il est pratiqué.
Pourquoi le jeûne ne fonctionne pas toujours
Lola Montéspharmacien, nutritionniste et auteur de la méthode « Radiance », est clair : « Nous ne sommes pas de petits hommes. La plupart des recherches que nous connaissons ont été réalisées sur des hommes jeunes, en laissant de côté la variable la plus décisive pour nous, à savoir les fluctuations hormonales. »
Sur les réseaux sociaux, le message est généralement de prolonger votre jeûne et vous verrez des résultats. Mais la biologie féminine ne répond pas à des protocoles rigides. Notre expert insiste sur le fait que le jeûne intermittent n'est pas négatif par définition, mais il doit être adapté : « Ce n'est pas mauvais, mais il faut l'ajuster à notre cycle. Les œstrogènes tolèrent mieux le jeûne, mais pas la progestérone. C'est pourquoi, en phase prémenstruelle, il n'est pas conseillé de le forcer. »
La différence n'est pas mineure. Dans la phase prémenstruelle (phase lutéale tardive), la progestérone est l'hormone dominante. Il s’agit d’une étape au cours de laquelle le corps se prépare à une éventuelle grossesse et donne donc la priorité à la stabilité énergétique et à la sécurité métabolique. Imposer une restriction alimentaire intense peut être interprété comme un signe de stress.
Quand le jeûne n’est plus sain
Lola a vécu cette expérience elle-même. « Je jeûnais 18 à 20 heures par jour. C'était très bien pour moi car le matin je n'avais pas faim. Je connaissais les bienfaits théoriques, mais j'ai commencé à avoir des réveils nocturnes, mes cycles s'allongeaient et, parfois, je n'ovulais même pas. » Ce n'était pas un cas isolé. Dans leur programme en ligne, plusieurs femmes décrivent des situations similaires après des mois de jeûne prolongé : règles irrégulières, cycles anovulatoires ou absence de menstruations. Le problème n’est pas un manque de discipline, mais un excès de rigidité.
Le cycle menstruel régule le glucose, l’insuline et le cortisol différemment à chaque phase. Cela signifie que le même jeûne qui peut être léger pendant la phase préovulatoire devient un facteur de stress supplémentaire pendant la phase prémenstruelle.
Comment adapter le jeûne à votre cycle
La proposition de Lola Montes est stratégique et parle de se comprendre, de s'écouter et de s'observer.
- Menstruations (début des saignements) : le corps a besoin de récupération. « Ce n'est pas le moment de forcer. Le corps a besoin de repos, pas de longs jeûnes. »
- Phase préovulatoire (lorsque les œstrogènes augmentent) : ici, le métabolisme est généralement plus flexible. « Avec l'augmentation des œstrogènes, les jeûnes plus longs sont mieux tolérés. C'est une bonne phase pour expérimenter. »
- Ovulation : il est conseillé de modérer la restriction. « Des jeûnes prolongés peuvent envoyer le signal qu'il n'est pas sécuritaire d'ovuler. »
- Phase lutéale (surtout prémenstruelle) : c'est la section la plus délicate. « Le cortisol est plus sensible, l'insuline fluctue et une restriction excessive peut altérer la production de progestérone, essentielle à des cycles réguliers et sains. »
Dans cette dernière phase, imposer un jeûne de 16, 18 heures ou plus n’est pas la meilleure décision. Le corps peut réagir par plus de faim, plus d’irritabilité ou un pire repos.
Autres mythes qui accompagnent le jeûne intermittent
Par exemple, que les glucides la nuit font grossir ou que plus il y a de protéines, mieux c'est. Le pharmacien et auteur du livre « Radiance » souligne que nous sommes clairs sur le fait que « ce qui compte n'est pas le moment, mais la qualité et la quantité totale que nous mangeons. La diabolisation des groupes alimentaires nous a fait beaucoup de mal ».
En fait, pendant la phase prémenstruelle, de nombreuses femmes ont plus faim ou ont un plus grand désir de glucides. « Ce n'est pas toujours un manque de volonté. Cela peut être le signe que le corps a besoin de plus d'énergie disponible. Ignorer ce besoin et ajouter des jeûnes stricts peuvent amplifier le problème. »
Alors, pour ou contre le jeûne ?
Ce n’est pas une question noire ou blanche. Pour certaines femmes, le jeûne nocturne (également appelé jeûne physiologique naturel entre le dîner et le petit-déjeuner) fonctionne et cela peut suffire. D'autres peuvent tolérer 14 ou 16 heures dans des phases spécifiques du cycle.
La clé n’est pas de suivre un protocole fixe, mais d’observer les signes, par exemple : dormez-vous bien ? Votre cycle est-il régulier ? Avez-vous une énergie stable ? Vous sentez-vous calme ou irritable ? Comme il conclut, « si une pratique vous fait perdre vos règles ou vous fait subir des altérations hormonales, elle n’est pas idéale, même si elle vous aide sous d’autres aspects ».